A la rencontre de mes masques et de l’amour… récit d’une première nuit d’Ayahuasca

Dès que nous commençons à cheminer sur le chemin de la conscience, il devient évident que nous jouons tous des rôles, que nous portons tous des masques. Nous avons beau le savoir, le percevoir, le ressentir même, il est pourtant tellement difficile de les voir tels qu’ils sont, et surtout de les choisir, de ne plus les subir.

J’ai eu beau cheminer longtemps, avant, j’étais désormais complètement coincée. Coincée avec une représentation de moi-même limitée, limitante. Avec des petites voix intérieures qui me disaient ce que j’étais. Cette petite fille, cette femme, cette maman, cette jardinière… Au fil des ans, j’ai forgé de plus en plus fort mes masques, fondus dans le plomb. Si lourds à porter. Je croyais qu’ils étaient Moi. Je ne pouvais m’en défaire… Et je me jugeais en permanence, jugeais les autres.

Et puis, en ce début d’année, lorsque j’ai crié STOP en mon fort intérieur, j’ai décidé de reprendre le chemin, et me suis relevée du bas côté sur lequel je m’étais reposée quelques années. Je me suis jetée à nouveau à la rencontre de moi-même… Comment pouvais-je rester plus longtemps encore sans énergie vitale, à subir le quotidien sans plus sentir le flux vital ? J’avais cru que l’étape d’après le premier sursaut d’éveil, c’était l’asservissement choisi. Se mettre pleinement au service des autres, et s’oublier… Mais pourquoi était-ce si dur ?

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Huit ans en arrière, lorsque je voguais encore dans le flot de l’instant et des synchronicités, j’avais rencontré un homme dans un train. Une discussion passionnante. Il m’avait offert un livre en anglais. Le Serpent Cosmique, de Jérémy Narby. Je me souviens encore de cette conversation. Il me disait qu’il avait découvert l’Ayahuasca quelques années auparavant, et que selon lui, tout le monde devrait vivre cette expérience, pour se connaître. Sa vie, dans tous ses aspects avait changée me disait-il… Je lui ai dit que j’avais déjà ressenti l’appel, et que je prenais sa rencontre comme un nouveau signe que la plante m’appelait. J’ai dévoré le livre. Passionnée par l’alliage mystique et scientifique de la quête de l’auteur.

J’ai acheté un billet d’avion pour le Pérou. Je sentais qu’il était grand temps pour moi de vivre « ça »… Puis, j’ai eu peur. Très peur. Toutes sortes de peur… Et à cette époque de ma vie, je n’avais pas encore vraiment conscience que la peur est un appel à découvrir sa propre puissance. Alors, j’ai finalement choisi de suivre la voie de la dévotion, dans les bras réconfortant de la Mère, d’Amma. Une autre voie me disais-je… plus rassurante. Oh je ne regrette pas ce choix, j’ai découvert de nouvelles facettes de mon être à ses côtés, j’ai vécu intensément ma spiritualité. Les rencontres ont été merveilleuses, les synchronicités puissantes. Mais, quand même, au fond de moi, j’avais choisi la peur…

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Il y a deux ans, durant mes errances et mes recherches internet, j’avais déjà découvert qu’une organisation un peu spéciale permettait de vivre des retraites en Europe, InnerMastery. Je regardais occasionnellement leur site, lorsque l’envie de découvrir revenait. Mais je me disais que je n’avais pas du tout l’argent pour vivre ça, et puis que de toute manière, si je devais rencontrer la Grand-Mère d’Amazonie, c’est là-bas que je devais le vivre. Mais comme désormais je m’interdisais de prendre l’avion… C’était une voie sans issus. Je m’étais construit toute une barrière d’illusions infranchissable. Et puis surtout, j’avais des enfants maintenant, je ne pouvais quand même pas les abandonner, trois jours ! Quelle mère indigne serais-je ?

Mais la fin d’année 2017 a été trop lourde. Je ne me sentais plus vivante. Comment avais-je pu me retrouver dans cet état là à nouveau ? Moi qui avais cru que je resterais connectée pour toujours…

Avec mon conjoint, nous avions décidé de nous séparer, nous nous étouffions. Et j’ai reçu plusieurs cadeaux de Noël. Une opportunité inespérée. Alors, me suis-je dit, je dois aussi faire confiance, c’est leur père, je peux lui confier sereinement mes filles. Je ne suis qu’à une heure de route de la Suisse… Et je suis partie en covoiturage, puis en train, puis en bus… Arrivée très en avance. La tempête Eleanor soufflait encore, puissante. Plusieurs heures d’attente avant le rendez-vous. J’étais mouillée, j’avais froid et je ne voulais pas arriver avant l’heure à laquelle j’étais attendue. Je me suis réfugiée dans les toilettes d’un collège qui étaient ouvertes (merci ! ce n’est pas en France que ça aurait pu arriver!) Les peurs m’ont assaillie à nouveau, en alternance avec la confiance. Et j’y étais presque, et en plus j’avais déjà payé… Mais au fait, et si c’était une bande d’escrocs et qu’en fait le lieu de retraite n’existait pas ? Où allais-je pouvoir dormir ? Un petit jeu mental qui a finit par prendre fin… enfin, pas tout à fait !

J’arrive. Une pointe de peur et d’excitation. J’observe les membres de l’organisation, les participants. On commence à discuter… Je trouve le temps long. Impatiente d’enfin goûter la plante qui me mènerait à Dieu ! Nous rentrons dans l’espace qui serait notre lieu de voyage durant les trois prochains jours… Chacun se présente, parle de lui… Et moi au fait, pourquoi je suis là ? Je ne suis plus si sûre.

Le moment tant attendu arrive… enfin. Je bois le breuvage sacré.

Attente… attente. A peine je commence à partir que je reviens. Voilà me dis-je, la nuit est déjà bien entamée, et il ne se passe presque rien. Je sens la déception dans mon cœur. L’attente était forte, les tentatives de contrôle nombreuses… Puis, c’est finalement dans l’abandon face à la déception que mon voyage a commencé. Les mains devant les yeux, j’ai vue le mouvement merveilleux de la vie. Telles les plumes d’un attrapeur de rêves multicolores. Oh… quelle beauté ! J’observe longuement ce mouvement et ces belles lumières.

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Source Image : Brainbow in Technicolor –
https://slowpainting.wordpress.com/2007/11/07/brainbow-in-technicolor/

Je prends conscience que mes mains sont encore sur mon visage. Tel un masque… Ô que l’on se sent en sécurité derrière ce masque ! C’est confortable… Les masques que je portent deviennent une évidence. J’essaye d’enlever mes mains, mais je n’y arrive pas. Je n’arrive pas à me mettre à nu… Et puis, le chant divin d’une belle ange… Mon cœur s’ouvre. Dans la douleur, une telle douleur. Je pleure. Je pleure cette pulsion de vie en moi que j’étouffe. Je pleure mon âme enfermée dans mes peurs. Mon corps entier pleure… Une libération intense. J’ai besoin de chanter. Hmm. Que j’aime chanter… Je vibre de tout mon être. A cet instant, je décide de vivre à nouveau… Bas le masques de la peur. Quelle plénitude ! Je me sens tellement vivante. La vie coule à nouveau en moi. Gratitude. Je pleure à nouveau, mais de Joie cette fois!

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Au retour de mon voyage, je me sens en Paix, Vivante, Unifiée. Quelle grâce me dis-je. Et déjà, je pense à mes filles différemment. Je prends conscience que l’amour ne signifie pas présence permanente. Que le plus beau cadeau que je puisse leur faire, c’est de rayonner. Quelle modèle serais-je si je ne restais que cette personne asservie, sans vie, triste ? Est-ce vraiment ce que signifie aimer pour moi ? Aimer… Je commence à ressentir ces mots à nouveau. Aimer.

 

 

 

 

 

 

 

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